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Relation « Quitte ou Double »  

Michel Dupeyroux, Marie-Aude Barette, Janvier 2003

Nous vous présentons dans cet article notre réflexion sur un type particulier de relation de couple que nous avons appelé ici la relation  « Quitte ou Double »

L’objet de cet article est de mettre en évidence que ce type de relation est basé sur un jeu psychologique complexe à composantes destructrices et dominatrices, voire sadiques et masochistes.

Comme tous les jeux psychologiques ils sont à la fois inconscients et conscients, et plus ou moins manipulateurs.

Pour faciliter la lecture, nous avons identifié les deux acteurs de ce jeu relationnel par : la position du meneur du jeu,  le dominant, et celle du joueur ou dominé.

Nous avons repéré trois phases dans la durée de cette relation :

1.      Au début de la relation

Le joueur s’inscrit volontiers mais inconsciemment dans ce jeu.

Il fait confiance, c’est sa règle dans le grand jeu de l’Amour.

Toutes ses  relations (amoureuses, amicales, professionnelles…) sont construites sur la même règle fondamentale : la confiance.  Cela renvoie à la relation initiale à sa mère.

Dans le jeu du quitte ou double, même s’il n’en connaît pas toutes les règles, qui ne sont d’ailleurs pas clairement énoncées et même s’il n’en connaît pas tous les enjeux, il s’inscrit dans ce jeu, et il le fait par répétition d’un jeu auquel il a déjà joué dans son histoire, comme pour rejouer ce qu’il n’a pas jadis gagné !

Il ne demande donc pas les règles du jeu au meneur du jeu, car il présuppose qu’il a les mêmes règles que lui et qu’elles peuvent donc rester tacites.

Dans le couple, le désir d’être ensemble à fait émerger des projets apparemment communs, qui semblent être portés par les deux amoureux. "Naturellement" les contrats légaux (mariages,..) sociaux (famille, enfants …) économiques (travail, maison..) sont signés et ont force de loi dans la relation.  Chacun est alors engagé, mais qui  porte un  projet, de quel projet s'agit-il et qui le conduit ? Le jeu s’immisce alors dans la relation grâce à la présence des contrats de couple. Très cadrée, la relation laisse alors peu de degré de liberté.

Le meneur peut désormais mettre l’autre dans une situation de « Quitte ou Double »

A ce moment là, s’il faut renoncer à faire des ballades en vélo…  ou renoncer au cinéma  ou …

 accepter les remarques ambiguës, acerbes ou destructrices pour maintenir l’illusion de la prévalence des contrats fondamentaux du couple…

Le meneur met en place progressivement ses règles du jeu. Il y a alors insidieusement changement des règles qui semblaient initialement basées sur la confiance. La désillusion de l’absence de la règle de confiance présupposée par le joueur est un deuil lourd à faire et débute par une phase de déni : « ce n’est pas possible »…. Cette phase favorise par ailleurs la progression de l’installation des règles du meneur de jeu.

L’adaptation au début ne semble pas trop chère pour rester dans le jeu. Le joueur veut toujours croire à ce projet commun. Pour conserver sa viabilité , il choisit donc de continuer (Double).

Dans ce jeu relationnel, le meneur amène son partenaire (sa proie) à donner son accord tacite, à se livrer de plus en plus.

2.      Ensuite

Le « Quitte ou Double » devient de plus en plus cher.

Les contraintes s’accumulant les unes aux autres, restreignent et réduisent le joueur dans une relation  de plus en plus coûteuse.

Les renoncements aux contrats conscients et inconscients et les abandons de projets sont très chers, et donc très douloureux dans un premier temps.

Par la force du jeu inconscient de cette relation induite par l’autre, le joueur est impliqué tous les jours davantage.

Quitter lui demande un retour arrière et une réappropriation de plus en plus douloureuse de ses ressources personnelles.

Le meneur semble, dans l’histoire, ne jamais rien avoir à perdre, puisqu’il ne porte en réalité pas de projet. Son intention est restée cachée longtemps,  mais destructrice.

Les règles ont complètement glissé vers un jeu non équitable.

Le Double implique un jeu de contraintes de plus en plus étouffant et augmente la souffrance à chaque tour de jeu.

3.      A la fin

Les chantages devenant de plus en plus liberticides et destructeurs de l’intégrité psychique, affective, relationnelle, intime, familiale, professionnelle,  le choix du  Quitte ou Double devient un choix de tout ou rien, puis un choix de survie :

  • Survivre auprès de l’autre en n’étant plus rien (mort par déni, maladie, suicide…)

    • Mourir dans la relation, Double

  • Partir, sans rien, sauf les blessures longuement accumulées de la relation.

    • Mourir à la relation, Quitte

Comment

Le jeu du pouvoir s’installe souvent au travers d’un projet qui semble au départ être un projet commun. En réalité il est porté par l’un et désinvestit par l’autre insidieusement,  en donnant priorité au travail, en reportant les responsabilités d’erreurs sur l’autre… En réalité le meneur, n’a que phagocyté le projet de l’autre, et a réussi à le détruire.

Il est  difficile de savoir si ce type de jeu est conscient ou inconscient pour les deux protagonistes et cela peut changer dans les différentes étapes du jeu.

Oui Mais

Comme le dit Guy Corneau dans Père manquant fils manqué […] la responsabilité incombe à celui qui se met dans une telle situation…. Chaque acteur porte la responsabilité, tout au moins en partie du scénario dont il est la victime. … Leur souffrance vient d’une identification trop forte à des rôles du passé, identification extrêmes qui les obligent à répéter sans cesse les mêmes scénarios.

Il n’en reste pas moins vrai que le joueur qui inéluctablement a encore perdu cette partie, en sort de moins en moins indemne. Il lui faut à chaque fois une réadaptation plus longue et au mieux un travail psychothérapeutique.

Cela lui permettrait de se reconstruire et d’éviter de se relancer inconsciemment, dans une autre partie relationnelle de « Quitte ou Double ».

Michel Dupeyroux en Collaboration avec Marie-Aude Barette

 

Quelques témoignages:

Évoquer ce sujet justement ce mois-ci est un véritable clin d'œil pour moi. En effet, je viens de vivre un échec cinglant avec un grand pervers rencontré sur Internet. La relation virtuelle était i-dyl-lique, la confrontation avec la réalité était chaque fois un peu plus décevante pour devenir catastrophique. Il était à la fois tendre, amoureux, raffiné, attentionné, très bonne situation, me promettant la lune, un vrai Prince Charmant (justement) qui n'avait qu'un défaut : trop pris par son travail. Dans la réalité, il était méprisant, autoritariste, égocentrique, se détestant et détestant les autres, un vrai tyran condescendant et méchant. Bien sûr, ce n'est pas la première relation de ce type que je vis, mais là, c'était le top du top.... Et quelque part, je me disais qu'il était plus malheureux que moi et que moi (superwomen), j'allais pouvoir le sauver à l'instar de mon père violent et alcoolique qui m'avait toujours rejetée..... J'ai été aidée dans mes illusions par une voyante qui savait tout de lui et du futur de notre relation..... La morale de cette histoire (un peu difficile à digérer, malgré tout), c'est qu'après bien des années de travail analytique, j'ai rejoué (une dernière fois, je l'espère, tant est grand le choc) toujours le même scénario destructeur et que je suis inconsciemment partie prenante de cette pièce détestable. Je ne désespère pourtant pas de changer, peut-être fallait-il un dernier grand coup pour en prendre réellement conscience ? Amitiés à tous.

P.

Un autre témoignage  

J'ai passé presque 9 ans avec un homme qui passait son temps à me responsabiliser pour ses propres erreurs, à me culpabiliser de tout, il n'avait de cesse de m'inventer des amants, de trouver des significations à des détails qui n'en avaient aucune, il passait son temps à déformer la réalité de ma vie pour la salir en permanence et me faire passer pour ce que je ne suis pas.
Il a même été se faire passer pour une victime auprès de mon propre père, à entendre monsieur j'avais tous les défauts du monde, en passant de l'alcoolisme à la drogue, sans compter un besoin compulsif de le tromper... Je ne bois pas, je ne touche à aucune substance illicite et quant au besoin compulsif de le tromper il en était hors de question, je l'aimais plus que tout.
Il a réussi à m'isoler, de ma famille, de mes amies.
Ce que j'oublies de dire, c'est que cet homme m'a trompée, il y a eu une petite fille, une femme (la mère de l'enfant) qui est venue m'agresser chez moi, le tribunal... Puis le pardon, non je ne suis pas maso, je l'aimais, ça fait faire des bêtises parfois.
Lui, comme il était incapable d'assumer tout cela, il a renversé la vapeur, et c'est moi qu'il a accusée de tout et de rien. Plus c'était humiliant, insultant, dévalorisant mieux c'était.
Il y a deux ans, j'ai voulu y mettre un terme, mais pas de la meilleure façon qui soit, j'ai avalé deux boites d'effexor, et oui, c'est lui le malade et c'est moi qui me prend une dépression nerveuse en pleine figure.
Je me souviens du psy qui était venue me voir en réanimation, votre souffrance à une limite et vous l'avez dépassez. Pourtant, j'ai voulu y croire encore, et encore.
Il n'a pas changé, c'est même devenu pire jour après jour, ma vie est devenue un cauchemar.
J'ai mal parce qu'il y a une injustice derrière tout cela, cette impression que l'autre ne vous voit pas, ne vous entends pas et pire, n'en a rien à faire.
Vous pouvez hurler, pleurer, vous pouvez vous perdre complètement dans tout cela, ne plus savoir qui vous êtes à force d'insultes.
Mais si vous êtes quelqu'un de bien, de respectable, ce que vous vivez ça n'est pas de l'amour, c'est une torture, une déchirure qui ne s'arrête jamais.
Cet homme ne le mérite pas, il ne vous mérite pas, la vérité c'est que vous avez en vous tout ce qu'il n'aura jamais, et ce que vous êtes le renvoie à son état de primate et il le sait, alors pour se revaloriser il vous massacre.
Plus jamais je ne me laisserai massacrer, je sais que ce sera dur, mais il ne faut pas que je craque.

Valérie

Un autre témoignage

j'ai 40 ans, il y a 3 mois j'ai quitté mon ami (avec qui je vivais depuis 1 an), et c'est très difficile, j'ai subis 1 an de harcèlement moral, et j'avoue que j'ai bien du mal à oublier tout cela.
j'aimerai entrer en contact avec d'autres personnes ayant vécu la même chose.
bon courage à tous et à toutes.
 

Quelques questions

Est-ce qu'une relation de mère "abusive" envers sa fille, peut impliquer les problèmes évoqués dans ce dossier entre la fille  qui est devenue une femme et les hommes qu'elle a rencontrés ? Ou bien le probléme émane-t-il toujours d'un manque du père pour une fille ? Notre réponse : Une relation de type quitte ou double telle que nous l'avons décrite dans cet article peut-être issue de différentes situations familiales pendant l'enfance. Et, en effet "une mère abusive" peut constituer un environnement favorisant.
 
Une Bibliographie sur le thème du dossier
  • Isabelle Nazare-Aga Les manipulateurs et l'amour , Les Éditions de l'Homme, 2000.

    Que devons-nous faire quand une relation amoureuse nous détruit, écrase notre personnalité et notre identité propre? Comment pouvons-nous sortir d'une telle relation? L'auteur décrit différents comportements des manipulateurs (qui ont généralement des personnalités narcissiques et/ou antisociales) et suggère des façons de réagir aux différentes facettes de la manipulation.
     

  •  Marie-France Hirigoyen Le harcèlement moral ou la perversion au quotidien Best seller il y a 3 ou 4 ans, une description complète du harceleur et de sa victime

  • Daniel et Kathleen Rhodes, Le Harcèlement Psychologique

  • Patricia Delahaie Ces amours qui nous font mal, Ed marabout, Les amours toxiques : les repérer et comment s'en sortir ?
Très bon livre fait par une journaliste, sociologue de formation
 
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